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L’impact de votre activité recherche-développement sur l’environnement

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12 - L’impact de votre activité recherche-développement sur l'environnementVotre entreprise a une vision prospective

Dans un livre remarquable Thierry Gaudin se situe dans une perspective 2100 à partir des éléments rationnels et irrationnels qui nous sont disponibles actuellement.

La prospective industrielle a connu son apogée dans une première mouture au début des années 70, en ayant encore largement une connotation de prédiction de l’avenir. Entre cette première mouture de la prospective et les responsables d’entreprise il y a eu évidemment un court-circuit immédiat.

S’il s’agit de prédiction de l’avenir, Nostradamus, Madame Soleil, les Tarots sont plus convaincants qu’une extrapolation sur des bases pour le moins douteuses.

En 1899, l’extension prévisible du trafic dans Londres faisait craindre la submersion de la ville par les crottins de chevaux, au plus tard vers les années 1919, écrivait-on !

Ce qu’un Alvin Toffler et un Thierry Gaudin apportent de plus à la prospective, c’est de lui enlever le caractère prémonitoire sécurisant à travers la connaissance de l’avenir face à l’inconnu du présent.

Prévoir l’avenir n’est pas un art divinatoire, c’est l’art de comprendre ce que les acteurs du système, qui sont eux-mêmes des phénomènes transitoires, désirent, puis d’en faire la synthèse et d’en déduire une trajectoire possible. La bonne question pour le chercheur n’est pas de savoir quel sera l’avenir, mais de savoir quel avenir on veut.

Dans l’interrogation de Paul Gauguin en Polynésie : d’où venons- nous, qui sommes-nous, où allons-nous ?, le responsable d’entreprise et surtout le responsable de la recherche-développement peuvent rajouter : voulons-nous ?

La prospective socio-économique et culturelle n’est pas l’apanage d’une élite intellectuelle, elle est indispensable à toute entreprise qui prétend avoir un rôle économique dans sa communauté.

Que l’on ne s’y trompe pas, la PME-PMI familiale est soumise à cette interrogation comme le sont les grands groupes industriels. Le problème est que, pour ces derniers, comme pour la PME-PMI, la vision et la dimension de l’avenir, y compris les outils d’anticipation de l’avenir, sont d’une pauvreté acca-blante. Au-delà de la prochaine génération point de prévision.

La conscience du facteur temps et l’anticipation des bâtisseurs des cathédrales du Moyen Age dépassent de loin celles que nous montrent nos actuels bâtisseurs de cathédrales techniques et technologiques.

N’importe quel ingénieur en organisation vous expliquerait que, compte tenu du nombre d’ouvriers et des outils disponibles que l’on peut concentrer sur un lieu bien précis, l’architecte de Cluny savait que ce ne seraient que ses arrière-petits-neveux qui verraient (peut- être) son œuvre. Il y a peu de métiers, si ce n’est celui de forestier, pour lesquels cette évidence des rythmes sur plusieurs générations peut se maintenir.

L’un de mes anciens collègues est à la fois conseiller d’un groupe multinational à Paris et propriétaire d’une forêt dans l’Ouest. Dans son entreprise à Paris, il fut chargé du plan quinquennal dont il avait du mal à prévoir l’évolution. En revanche, pour sa forêt, il m’a expli­qué pourquoi les chênes plantés avant la révolution de 1789 devaient

être abattus et replantés dans les années à venir, et que ceux que sa grand-mère avait plantés en 1910 ne devaient être abattus et replantés qu’à partir de 2080.

La vie d’une centrale nucléaire, de la décision de construction jusqu’à la réintégration de ses déchets dans l’écosystème, oscille entre deux cents et trois mille ans. Il aura fallu à peu près le même temps pour bâtir Notre-Dame dans sa forme d’avant le XIX’ siècle et Sully, son premier architecte, le savait dès le départ.

Le tracé des autoroutes, comme jadis celui des routes romaines, définit le paysage pour plusieurs siècles. Le savons-nous vraiment ?

Votre recherche vise à maîtriser l’écosystème

Les sciences de la vie, de l’information, la chimie lourde, la microchi­mie, la physique, l’électronique, etc., appartiennent à une classification du XIXe siècle, dont les frontières sectorielles disparaissent sous nos yeux.

L’effort transdisciplinaire de la recherche appliquée vise actuelle­ment la maîtrise de l’écosystème, la recréation de l’environnement et non plus seulement son utilisation.

Les biotechnologies, avec leurs domaines d’application des tech­niques de l’information aux frontières de la physique, de la chimie et des sciences de la vie en sont les exemples types.

L’ingénierie de l’ADN, la cartographie du génome humain, les ani­maux transgéniques ou la mutation génique des semences en vue de résister aux conditions du sol et du climat, sont autant d’exemples de cette tendance et de cette volonté que l’on a de maîtriser l’écosystème. La même tendance et la même volonté existent dans le développement, la réalisation et la mise en place d’un TGV ou d’une autoroute dans l’architecture urbaine ou dans l’ingénierie des égouts de la façade mé­diterranéenne, sauf que dans ces derniers cas, l’impact sur la recréation de l’écosystème est plus facilement imaginable, donc plus controversé.

Il s’agit chaque fois de décisions et de choix qui recréent une parcelle de l’écosystème et dont les retombées pour les générations futures ne peuvent qu’être anticipées avec une approximation toute relative.

Faut-il pour autant refuser de faire des choix sur des bases et des cri­tères contradictoires ? La réponse est évidente : le pire des choix est le
refus de choisir. C’est le refus de choisir un plan d’aménagement glo­bal de la Méditerranée qui met en danger sa survie, et certainement pas la volonté de maîtriser son écosystème.

Encore faut-il que cette volonté de maîtrise de l’écosystème soit assumée par leurs protagonistes, que l’architecte urbain assume qu’il impose ses choix aux générations à venir, de même que l’ingénierie génétique assume qu’après chacune de ses applications l’écosystème ne sera plus jamais entièrement comme avant.

De telles responsabilités ne peuvent être prises que par l’ensemble des acteurs dans la société, ce qui suppose, en dehors d’une véritable responsabilisation des politiques, l’explication, la discussion, l’accepta­tion par les scientifiques et surtout les technocrates de la mise en cause de leurs objectifs.

Ce qui malheureusement n’est encore que trop peu souvent le cas dans la plupart des domaines que j’ai énumérés.

L’écosystème fait partie des critères de choix de vos objectifs

Dans des secteurs comme la pharmacologie, les détergents, l’énergie, l’agrochimie, il paraît évident que la recherche se focalise sur les produits et les procédés alternatifs, à savoir intégrables dans le cycle de l’écosystème.

Dans d’autres secteurs, comme l’emballage, l’agroalimentaire, la métallurgie, ou encore le plastique, le critère environnement commen­ce à avoir un poids, mais n’est pas déterminant.

Dans des secteurs qui se considèrent propres, notamment l’électro­nique, la banque, l’assurance ou le tourisme, le critère est en général considéré à tort comme peu important, même dans ses conséquences indirectes.

Plus on s’éloigne des secteurs traditionnellement considérés, même par le législateur, comme secteurs à risque, moins le souci de l’environ­nement influence les choix de recherche.

On arrive ainsi rapidement à la situation paradoxale où les grands pollueurs sont en passe de devenir, lentement mais sûrement, les spé­cialistes de l’équilibre ou du ré-équilibrage de l’écosystème alors que les secteurs réputés propres deviennent inexorablement la véritable menace, moins spectaculaire, moins visible, mais non moins réelle. Enexagérant à peine, on peut affirmer que désormais ce n’est plus telle­ment le complexe industriel de Fos qui menace la Camargue mais plu­tôt le flot des touristes qui veulent en admirer la beauté.

Et les budgets recherche-développement des professionnels du touris­me, ayant l’environnement comme objectif (infrastructures flexibles, transports, hébergements et activités intégrées, etc.), ne sont certainement pas à la hauteur de ceux des grands pollueurs. De fait, la place que l’éco- système occupe dans les critères de choix des objectifs R-D est un indica­teur de la conscience qu’a l’entreprise de sa responsabilité à long terme.

A en juger par l’évolution de la législation aux États-Unis, ce long terme a tendance à se mesurer en fonction de la durée de vie de l’entreprise, de ses anciens propriétaires comme d’éventuels repre­neurs, et plus du tout en fonction de la durée du mandat de tel ou tel responsable, fût-ce le président lui-même.

Les conséquences de cette évolution sont encore mal perçues. L’une d’entre elles me paraît être que le rôle des actionnaires, en dernière analyse garants de la pérennité de l’entreprise dans le choix des objec­tifs recherche-développement, sera renforcé considérablement dans les années à venir.

L’irruption de l’environnement dans la gestion de l’entreprise aura ainsi comme conséquence inattendue, que le temps où la recherche était considérée comme une affaire de spécialistes-entre eux est défini­tivement révolu.

L’équilibre de lecosystème est le but de vos recherches

L’émergence de lattitude de gestionnaire responsable, après celle de thérapeutique honteuse ou de négation rationalisante face au problè­me de l’environnement, a engendré une double évolution des struc­tures et des objectifs en recherche-développement.

Dans un premier temps, des cellules recherche-développement chez les grands pollueurs se sont penchées sur les problèmes de la pollution existante et sur les moyens d’y remédier. En sont sortis les produits verts, les processus et procédés non nuisibles et un savoir-faire en ingé­nierie de l’anti-pollution qui a rapidement pris son envol et, soit par essaimage des grands groupes, soit par croissance autonome alimentée par des besoins importants (pour la décennie à venir, l’Eldorado sera le
territoire de l’ancien Comecon), est devenu ce que 1 on peut considérer maintenant comme la branche industrie et services de l’anti-pollution.

L’activité recherche-développement dans cette branche s’est naturel­lement spécialisée selon des filières qui ressemblent encore aux classifi­cations traditionnelles : eau, air, bruit, sols, et dans une moindre mesure faune et flore. Dans cette branche, les Américains, les Scandi­naves, les Allemands ont, à de rares exceptions près en chimie et en nucléaire, une avance incontestable sur l’industrie et les services français.

Le salon bi-annuel Pollutec est devenu en quelques années en France le rassemblement obligatoire pour l’ensemble de cette branche.

Dans un deuxième temps et beaucoup plus récemment, l’attention s’est détournée de l’attitude curative vis-à-vis de l’écosystème, vers une attitude préventive.

L’ingénierie de nouvelles installations, conçues de façon systémique dans leurs interactions avec l’écosystème existant, demande le dévelop­pement d’une nouvelle discipline. Il s’agit de mesures et de contrôle, de modélisation, de diagnostic, de régulation, de réaction et d’organisation de l’interface homme-système, le tout intégré dans un métier d’ingénierie de l’environnement qui ne commence qu’à se développer à l’intérieur de certains grands groupes industriels à risques et au sein de quelques sociétés, précurseurs d’ingénierie.

Pour une nouvelle installation chimique dans l’est de la France, il ne s’agit plus du tout d’assumer et d’être prêt à toute éventualité de dys­fonctionnement. Il faut intégrer l’ensemble des paramètres de l’environnement dans le système-entreprise qu’il s’agit de monter ou d’améliorer, d’identifier les mesures et les contrôles qui seront nécessaires, d’établir le modèle de fonctionnement et le diagnostic du déroulement de l’activité, de décider de la partie auto-régulation du système par rapport à la partie réservée à l’intervention de l’homme.

Ce n’est que lorsque toute l’organisation ainsi conçue et organisée par l’ingénierie de l’environnement sera en place qu’il y aura lieu en aval d’organiser le système d’alerte et d’intervention anti-pollution.

Dans cette toute nouvelle branche de l’environnement, dans l’industrie et surtout dans certains services, les places sont encore à prendre au niveau mondial et le marché, d’ici la fin du siècle, sera net­tement plus important que le marché de l’anti-pollution.

L’activité recherche-développement dans cette branche se spécialise­ra, comme pour tout système de mesure et contrôle, non selon les matériaux ou milieux sur lesquels elle aura à exercer son activité (eau, air, sol, déchets, bruits, etc.), mais selon les besoins qu’engendrent les phases du processus :

–      les capteurs-enregistreurs : que se passe-t-il ?

–      les logiciels d’interprétation et de diagnostic : qu’est-ce que cela veut dire ?

–      la modélisation : comment le système doit-il répondre ?

–      l’organisation homme-système : comment faut-il intervenir, le cas échéant, pour corriger les réponses du système ?

–      le système-expert : comment tirer les conclusions du passé du systè­me, pour en améliorer la configuration et les performances ?

Dans ce domaine, les expériences françaises, au niveau des groupes des grands pollueurs, mais aussi au niveau des groupes et PME-PMI spécialisés dans l’ingénierie des risques, ne sont pas en reste par rap­port à celles réalisées dans les autres pays de l’Union européenne aux États-Unis ou au Japon, et pourraient contribuer de façon significative à l’éclosion de ce qui n’est encore qu’un début de métier.

Les résultats de vos recherches auront un impact sur l’écosysteme

Dans tous les cas de figure, la réponse à cette interrogation est oui, pour lés services comme pour l’industrie. Encore faut-il que le cher­cheur, surtout dans les branches considérées propres, soit conscient du biais par lequel il aura un impact sur l’écosystème, et qu’il dispose d’un bilan écologique que l’on puisse établir dans son secteur.

Ne plus incinérer les déchets hospitaliers est acceptable, utiliser la torche à plasma pour la destruction des déchets hautement toxiques est excellent, recycler le papier que consomme l’administration est une idée des plus astucieuses, à la seule condition que l’on ne reporte pas la responsabilité en amont ou en aval sans s’en préoccuper ensuite. Les trois cas cités sont des cas types où des solutions simplistes peu­vent donner des résultats annonçables lors du dernier meeting d’une campagne électorale mais dont le bilan écologique, quelle que soit la solution adoptée, est en l’état actuel de nos recherches nul ou négatif.

Le bilan écologique (dans le sens de l’impact sur l’écosystème) est un vaste sujet de recherches publiques plutôt que privées, qu’à l’instar du bilan énergétique il faudra bien essayer d’établir un jour et ce plu­tôt au niveau macro-économique qu’au niveau de l’entreprise.

Le responsable de la recherche-développement de l’entreprise n’est pas responsable de l’avenir du monde ou plutôt il ne l’est pas plus que tout autre citoyen. On ne peut lui demander des comptes en matière d’environnement que là où il est conscient ou prend conscience de la parcelle de l’écosystème sur laquelle il a une influence. En revanche, il a le devoir de citoyen d’essayer de comprendre quels sont son rôle et sa place dans l’ensemble hétérogène de la reconstruction de l’écosystème et d’en tirer les conséquences quant à ses responsabilités personnelles.

Pour les sceptiques, il ne s’agit là que de l’extension à l’environne­ment de la morale fondée sur les préceptes de la plupart des grandes religions dont la vivacité semble plutôt bonne ces derniers temps.

Vidéo : L’impact de votre activité recherche-développement sur l’environnement

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