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La stratégie d’approvisionnement: stratégie d'approvisionnement

> > La stratégie d’approvisionnement ; écrit le: 25 avril 2012 par imen modifié le 5 août 2019

Vos achats répondent à un cahier des charges prenant en compte l’environnement

L’explicitation du cahier des charges ou de la commande aux fournis­seurs est le premier indice, en amont du processus de transformation, de la maîtrise de ce dernier.

Certains groupes industriels, notamment les grands consommateurs de PVC (emballages, objets de consommation jetables, etc.), com­mencent à imposer à leurs fournisseurs des spécifications qui garan­tissent le recyclage dans l’écosystème des produits usagés en aval. Péchiney ou Saint-Gobain sont parmi les premiers à avoir inscrits la notion amont-aval dans le cahier des charges de leurs besoins en matières premières.

Mais à côté de ces quelques grands, nécessairement en avance parce que plus visibles, le nombre d’entreprises, surtout dans le domaine des objets de consommation jetables, pour qui le recyclage de leurs pro­duits en aval est encore une abstraction reste impressionnant.

Telle entreprise de fabrication et de distribution de plastique médi­al jetable s’inquiète à juste titre de la stabilité chimique et de la non- toxicité de la matière première qu’elle achète, tout en considérant que le sort réservé à ses produits consommés ne relève pas de sa responsa­bilité, mais de celle d’un spécialiste du traitement des déchets hospita­liers. En règle générale, celui-ci ne connaît que la bonne vieille inciné­ration, qui transforme des tubes et des seringues, dont on aura surveillé la non-toxicité pendant leur période de vie avec la plus grande rigueur, en gaz toxiques, dont plus personne ne se soucie.

L’association d’Atochem et des piles Wonder pour le développement du Forafac, substitut organique au mercure, est un autre exemple du souci amont-aval dans le choix des fournitures et des matières pre_ mières. Cependant, certaines industries de matériel électronique qUe l’on pourrait naïvement considérer comme propre continuent d’util;, ser des métaux lourds dans les cartes et les circuits et même les plUs grands, comme IBM, ne se sont souciés que depuis peu de ce qu’il adviendra de ces matières premières après que leur matériel aura été vendu, déclassé et finalement jeté.

Les sous-traitants de ces composants sont vraiment encore loin der­rière…

L’idée que ce sont les achats qui déterminent en grande partie la stratégie en matière de produits usagés commence à s’imposer lente­ment, mais les conclusions à en tirer sont sérieusement entravées par l’étroite imbrication du tissu industriel, entre producteurs de matières premières, sous-traitants, fabricants et distributeurs de produits finis.

Vos fournisseurs ont des consignes écrites de qualité

La responsabilisation du fournisseur pour la qualité de ses produits ou de ses services semble une évidence pour tout responsable d’entreprise.

La dimension environnement élargit cette responsabilisation, notamment en Allemagne et en Scandinavie, largement au-delà des seules fournitures : les processus de fabrication, mais aussi les investis­sements anti-pollution du fournisseur, l’emballage des produits, mais aussi le moyen de s’en débarrasser ou de le recycler, entrent de plus en plus dans la notion qualité que l’on exige du fournisseur.

A l’instar de ce qui n’était encore, il y a quelques années, que la cou­tume dans les marchés militaires, ce qui justifiait d’ailleurs des prix plus confortables, plusieurs grands groupes industriels outre-Rhin ont adopté le système de l’agrément de leurs fournisseurs et sous-traitants.

Cet agrément implique le droit de regard sur le mode de fabrica­tion, sur les procédures de contrôle anti-pollution et souvent l’imposi­tion d’un manuel de procédures, contraignant le fournisseur au res­pect des mêmes règles de sécurité et d’anti-pollution que celles en vigueur chez leurs clients.

France, sous la pression d’une concurrence « qualitative » au jveau de l’Union européenne, on s’achemine rapidement vers la ême situation, notamment dans le domaine des constructeurs auto­mobiles et de leurs sous-traitants.

Autre exemple : tel sous-traitant de circuits imprimés, travaillant entre autres pour des grands groupes allemands, a failli perdre ces mar­chés. En effet, ses chaînes de fabrication comprennent une unité d’emballage et de conditionnement en polystyrène expansé.

Le polystyrène est un matériau qui finit sur la décharge publique, ou bien qui doit être recyclé par le client, ce qui n’est pas son métier, ou encore incinéré, ce qui pollue l’air. Aucune de ces trois solutions au problème de la destination finale des emballages ne satisfaisant ses clients allemands, notre sous-traitant a finalement été obligé de modifier le mo­de d’emballage et le conditionnement correspondant en bout de chaîne.

Une directive de l’Union européenne se prépare. Elle responsabilise les fournisseurs par rapport au recyclage des emballages qu’ils utilisent. Il reste peu de temps pour s’y adapter.

Vos fournisseurs ont des consignes écrites de sécurité

La même tendance se dessine quant aux exigences de sécurité. Si, au niveau des transports ou de la manipulation de produits dangereux, l’identification claire des responsabilités est pratiquement entrée dans les mœurs, il n’en va pas de même partout pour l’utilisation incompé­tente, malveillante ou pour les effets nocifs secondaires.

Dans ce domaine, deux attitudes s’opposent radicalement, y com­pris chez nos confrères allemands et suisses :

~ tel groupe pharmaceutique impose à ses sous-traitants chimiques un procédé de purification de produits-base qui peut produire des déchets ou des gaz hautement toxiques (en cas d’accident de mani­pulation ou d’erreur humaine) ; les alternatives existent, mais le groupe estime que la sécurité des processus et du stockage des pro­duits-base chez son fournisseur ne sont pas de son ressort ;

~ à 1 opposé, son confrère et concurrent non seulement impose chez ses sous-traitants un système et des investissements de sécurité qu’il aide à financer, mais exige contractuellement le droit de visite et de contrôle du respect des procédures.

En France, il existe des variantes des deux attitudes, avec un pen. chant encore très important pour la première.

À en juger par l’évoltition chez nos voisins, c’est plutôt vers le deuxième mode de relation fournisseur-client que l’on s’oriente dans l’Union européenne.

Vos achats ne concernent que des produits/services recyclables

Il s’agit ici non seulement de la maîtrise et de la responsabilité des achats actuels mais aussi des achats du passé.

Que ce soit comme sous-ensemble du produit fini ou comme stock de matières premières, devenu superflu pour cause de changement de technologie, la tendance naturelle d’une entreprise sera de se débarras­ser de sa responsabilité du traitement ou du stockage de ses matières premières dangereuses sur ses sous-traitants. Surtout lorsque l’évolu­tion de la technologie aura permis de se reconvertir vers des produits plus propres.

Que faire d’un stock de pyralène, lorsque tel constructeur de trans­formateurs électriques décide de passer à l’Ugilec, substitution biodé­gradable du pyralène ? Il y a neuf chances sur dix qu’il soit confié à un spécialiste discret.

Les fûts baladeurs de dioxine sont le résultat de l’inefficacité de l’un de ces spécialistes.

L’exigence du caractère recyclable des matières premières devient, comme pour leur sécurité, une responsabilité que l’opinion publique mais aussi le législateur – notamment aux Etats-Unis – imputent désormais à l’industriel utilisateur beaucoup plus volontiers qu’à ses sous-traitants ou fournisseurs.

Vos fournisseurs sont tenus à recycler leurs produits usagés

La collecte et le recyclage de produits usagés est une pratique qui n’en est qu’au début de son développement mais qui est l’un des modèles de l’intégration du facteur environnement dans la stratégie de 1 entre­prise, au point d’être probablement le secteur économique où notre jeune expérience de stratégie verte s’exprime le mieux.

. Lorsque tel limonadier annonce le recyclage de ses bouteilles, il fait à la fois une opération techniquement raisonnable vis-à-vis de l’indus­trie du verre, financièrement rentable et commercialement payante.

• Lorsque Renault annonce que les équipementiers seront désormais tenus à recycler les produits qu’il prélèvera sur les carcasses de voi­tures usagées dont il a organisé le réseau de collecte, Renault gagne à la fois en image verte, sert la sauvegarde et l’amélioration de l’environnement, réalise une opération qui est rentable et incite ses fournisseurs et sous-traitants à se doter des moyens de recyclage, qui seront à leur tour sources d’autres domaines d’application du recy­clage.

La sécurité du transport et de la manutention de vos approvisionnements répond à des normes écrites

Exxon-Valdez, Amoco-Cadiz, l’accident d’un train dans le « couloir chimique » du Rhône, le transport des déchets nucléaires, autant d’exemples spectaculaires qui justifient les normes et les règlements au niveau international, national et sectoriel pour toutes les matières dan­gereuses (type Seveso).

Paradoxalement, la réglementation contraignante qui a été élaborée dans le domaine du transport et de la manutention des produits dan­gereux aura freiné des développements spontanés, dans des domaines moins spectaculaires mais tout aussi indispensables à l’amélioration de la sécurité et à la sauvegarde de l’environnement.

Le marquage, le suivi physique, l’optimisation des itinéraires et 1 intervention en temps réel sur les mouvements d’une flotte de super- petroliers, à partir d’un satellite Spot, sont nettement moins compliqués que la préparation de la moindre action de l’aviation alliée pendant la guerre du Golfe. Mais la réglementation contraignante sur les transports Maritimes pétroliers a un sérieux retard sur les moyens technologiques actuels de surveillance et de pilotage à partir de l’espace. Le résultat est que les compagnies pétrolières ont une tendance toute naturelle à appli­quer le règlement, et rien que le règlement, arguant du coût d’une telle surveillance. L’argument, dans ce domaine, n’a pas de réelle valeur.

En effet, le coût du nettoyage des ravages provoqués par l’Exxon- Valdez sur les côtes de l’Alaska — nettoyage très insuffisant selon certains spécialistes des sciences de la vie — a été estimé à deux niil|jar(jJ de dollars. Or, un monitoring permanent sur un satellite géostation, naire, ou même le satellite tout entier pour cette tâche toute seule, 1 compris son lancement par Ariane, aurait coûté nettement moins cher et peu importe que ce soit les compagnies d’assurances ou Exon .

Dans un registre moins spatial, je me rappelle cette entreprise en banlieue parisienne, aujourdhui fermée, qui faisait transiter il y a quelque vingt ans, pour ses besoins de fabrication de munitions l’équivalent de cinq tonnes de TNT par jour, en plein accord avec le conseil municipal (communiste), la préfecture, les ouvriers et cadres-j riverains, mais en flagrante contradiction avec toute norme de sécurité des transports, même à l’époque.

Qu’il ne se soit jamais rien passé, on peut en remercier Dieu et les chauffeurs de camions du fournisseur, mais les actions de grâce de nos jours ne sont plus comptabilisées et certainement pas dans un manuel de stratégie verte.

Dans des situations aussi absurdes, et il en existe encore à l’intérieur de l’Union européenne, sans mentionner les pays de l’ancien Come- con, le moindre incident, tournant au drame, est évidemment imputé autant au client qu’au fournisseur par l’opinion publique et de plus en plus par le pouvoir juridique.

Le contrôle réception répond à des normes précises qui concernent l’environnement

Comme pour les autres critères, il semble à première vue qu’il ne s’agisse que des produits et des services faisant l’objet d‘un contrat spé­cifiant dûment les devoirs et les obligations du vendeur et de l’acheteur.

Prétendre que le contrôle-réception est le sas étanche qui sépare l’aire de responsabilité de l’entreprise de celle de son fournisseur, c est oublier, notamment dans les établissements classés, le stockage en attente de contrôle-réception, le sort des produits défectueux ou en litige, la durée et les conditions de décharge du fournisseur, etc.

Dans la zone grise qui entoure nécessairement tout contrôle-récep­tion, tout produit et même tout service qui présentent un risque pour l’environnement devraient idéalement être suivis par un tableau de
tord indiquerait très précisément et dans tous les cas de figure où ’arrête la responsabilité du fournisseur et où commence celle du client, r’est encore rarement le cas, y compris dans les établissements classés.

le stockage de vos achats dans vos magasins répond a des normes précises concernant l’environnement

Les dangers inhérents, liés au stockage de produits qui ne sont pas nécessairement considérés comme intrinsèquement dangereux, font partie de la même zone grise évoquée lors de la description du critère précédent.

Tout gaz sous pression, l’azote, l’hydrogène et – on le sait depuis Bhopal – tout gaz ou émanation gazeuse lourde représentent un dan­ger potentiel.

Les conditions physiques de stockage, mais aussi la formation des manutentionnaires, le contrôle du magasin, les responsabilités de transfert de la livraison-fournisseur jusqu’à l’utilisation sur le poste de travail devraient idéalement être consignés — et le sont rarement.

Vos matières premières et achats périssables sont sujets à une date limite d’utilisation

Dans l’agroalimentaire, la notion de date limite s’impose avec une facilité évidente, due aux caractéristiques éphémères de la matière pre­mière.

I La « bible » concernant la rotation obligatoire des matières pre­mières constitue par conséquent un ensemble de normes et de règles qui, si elles n’étaient pas respectées, autodétruiraient le processus de transformation.

Dans la transformation chimique par exemple, cette notion est net­tement plus floue et, surtout pour les PME, souvent laissée à la discré­tion du responsable d’atelier ou de l’opérateur, provoquant des risques parfois graves d’intoxication, de réactions incontrôlées, d’effluents dont la composition est largement inconnue, donc potentiellementdangereuse.

Cette PME normande de traitement de surface pour matériel de haute technologie, essentiellement pour l’espace, a un savoir-faire dans l’alternance des utilisations de différents acides et des bases, dont ]J PDG lui-même est le coordonnateur et le détenteur ultime. Que tej| ou tel acide ait eu le temps d’intensifier son pH, ou que les interrela tions de tel bain avec les résidus de tel autre puissent provoquer dfl émanations nocives pour l’être humain, et l’équilibre de l’ensemble dl l’entreprise au niveau physique est rompu.

C’est, entre autres, pourquoi son PDG, M. G., chimiste d’origine ne quitte pas son poste de surveillance et aide ses vingt-cinq collabora­teurs, au sein d’un laboratoire d’analyse de ces acides, bases et matières organiques dont il est le seul à connaître les interrelations et appréhen­der quelque peu le cycle chimique.

Il calcule ses achats sur l’évolution combinée des produits chi­miques de base que son entreprise utilise et, souvent, est obligé d’en renvoyer pour retraitement chez le fournisseur.

Si M. G. tombe malade, personne ne saura équilibrer et décider ce qui est ou n’est pas périssable dans le mélange de matières premières nécessaires à l’activité de l’entreprise.

Un manuel de protocoles est donc en préparation et vraisemblable­ment achevé dans les six mois.

Non seulement ces protocoles sont vitaux pour l’entreprise, mais, à terme, ils constitueront en fait la valeur la plus sûre de la société.

L’ensemble des normes et règles énoncées ci-dessus est réellement appliqué

L’audit des audits, c’est-à-dire la vérification par des professionnels extérieurs que les règles et consignes internes de sécurité et d’environ­nement sont réellement appliquées, est en passe de devenir la spéciali­sation d’un nombre réduit d’entreprises-conseil.

Dans les quelques audits qu’il m’a été donné de pouvoir suivre, il y avait toujours un décalage considérable entre les manuels et les pra­tiques réelles sur le terrain, y compris dans des groupes réputés pour leur sérieux et leur professionnalisme en matière de sécurité et d’envi­ronnement.

Conclusion de l’évaluation du facteur sécurité/environnement dans la stratégie d’approvisionnement : indépendamment des résultats
¿es autres grilles d’analyse, le diagnostic ou l’autodiagnostic sur les g-nrovisionnement donne un aperçu des points forts et des points faibles dans ce secteur, ce qui en fera l’un des éléments de décision concernant la stratégie verte globale.

Vidéo : La stratégie d’approvisionnement

Vidéo démonstrative pour tout savoir sur : La stratégie d’approvisionnement

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