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La stratégie études et méthodes

Vous êtes ici : » » La stratégie études et méthodes ; écrit le: 25 avril 2012 par imen modifié le 24 novembre 2014

La stratégie études et méthodesL’environnement fait partie des criteres de choix dans la conception technique

Nos ingénieurs et techniciens de bureaux d’études auront été histori­quement, et en ordre chronologique, sensibilisés par :

— la prouesse technique ;



— le prix de revient ;

— le besoin réel du client.

Que telle ou telle résine soit biodégradable ou non, que le dessin de tel ou tel sous-ensemble métallique suppose un traitement de surface aux effluents toxiques, tout cela ne fait encore que rarement partie des réflexes des bureaux d’études, non pas par mauvaise volonté mais par ignorance.

Il faudra ici arriver rapidement à un véritable inventaire technique et technologique, enseigné dans nos lycées techniques comme dans nos écoles d’ingénieurs, qui indique les retombées et les cycles de chaque application technologique au niveau de l’écosystème. Ce n’est pas plus mais pas moins compliqué que les cours de toxicologie en pharmacie et dans les sciences de la vie en général.

En attendant sa mise en place au niveau de l’Éducation nationale, des initiatives patronales, à l’instar de ce qui se passe notamment dans l’industrie automobile en Suède, seraient vivement souhaitables.

L’environnement détermine les modes et les gammes opératoires

Calculer et faire respecter le mélange exact du fluide de réglage de telle fraiseuse ou de tel tour en vue de répondre aux capacités de recyclage des effluents de l’ensemble d’un atelier est souvent plus important dans le travail quotidien, que la décision d’investir dans un nouveau système de recyclage.

Élaborer et faire respecter des gammes opératoires qui évitent des déchets à la source est de façon générale plus efficace et plus écono­mique que le traitement des déchets en fin de cycle de production.

Encore faut-il que les modes et gammes opératoires soient pensés environnement, ce qui est encore rarement le cas, y compris dans des industries de pointe comme l’électronique ou F agro-industriel.

Comme pour le critère précédent de la conception technique, l’excellente culture de production que la tradition de Fayol a implantée par ailleurs dans l’industrie française devrait d’urgence être complétée par un supplément environnement fondé sur une approche pluridisci­plinaire, secteur par secteur et branche professionnelle par branche professionnelle.

L’apport de spécialistes des sciences de la vie au sein de cercles d’environnement, y compris dan des branches apparemment aussi éloignées des sciences de la vie, comme la métallurgie ou la plasturgie  peut être d’un soutien déterminant pour progresser dans ce domaine

Vous avez un plan de substitution de matières et de procédés nuisibles

Le seul fait qu’une nouvelle directive de Bruxelles ou la soudaine prise de conscience d’une direction générale condamne l’utilisation de matières ou la mise en œuvre de procédés jusqu’alors considérés comme acceptables ne change pas le fonctionnement de l’entreprise en un tournemain.

A moins d’arrêter brutalement son fonctionnement, ce qui à l’échelle de l’économie d’un secteur entier est impensable, il faudra un plan de substitution, avec un calendrier qui tienne compte de toutes les contraintes, y compris celles de l’environnement.

C’est dans la timidité ou dans la hardiesse des plans de substitution que l’on reconnaît à nouveau les trois attitudes fondamentales des diri­geants industriels par rapport à l’environnement:

–           la « négation » rationalisante (attitude qui interdira toute idée même d’un plan de substitution ; pire, elle sert souvent de justifica­tion à l’opposition à toute initiative d’amélioration des perfor­mances)

–           la médication honteuse

–           la gestion responsable de l’environnement.

Je me rappelle d’un entretien avec un haut responsable d’un groupe spécialisé dans le traitement et la distribution de l’eau. Le sujet de la discussion portait sur la suggestion émise lors d’un des cercles (internes) d’environnement, à savoir la création d’un groupe d’études mixte industrie-université sur le problème du recyclage des boues.

Le refus poli à cette proposition fut motivé par l’argument selon lequel la constitution d’un tel groupe d’études serait en contradiction avec la politique de communication du groupe, parce que suggérant éventuellement qu’il pourrait y avoir un problème de boues lorsqu on s’occupe de l’épuration de l’eau.

Et puisque la politique de communication visait justement à démontrer qu’il n’y avait pas de problème de boues lors du processus ¿’épuration, un tel groupe d’études ne servirait qu’à suggérer des idées fausses aux gens.

L’attitude de la « thérapeutique honteuse » a fait et fera encore long­temps le bonheur des sociétés de conseil et d’ingénierie, spécialisées dans le traitement des nuisances.

Comme pour toutes les études sous-traitées à des conseils extérieurs, deux types de motivations sont à la base de l’appel fait à l’extérieur :

–          soit il s’agit d’un problème épineux que l’on préfère sous-traiter parce que la solution ne paraît pas simple et parce que, peut-être, les compétences internes manquent pour le résoudre.

Par exemple, en traitement de surface en chaudronnerie, problème épineux avec toutes les retombées inattendues possibles et imagi­nables au niveau de l’évacuation des décapants utilisés, on préférera sous-traiter à un spécialiste extérieur, même si l’on n’appliquera pas nécessairement les solutions qu’il préconise, de façon à pouvoir résoudre le problème en dernière instance, si jamais il se posait ;

–           soit il s’agit d’un problème dont on est conscient mais qu’on estime, généralement à tort, trop onéreux ou trop fastidieux à résoudre, auquel cas on utilisera le conseil extérieur comme placebo.

Une société chimique en Allemagne, consciente de la toxicité des déchets de l’une de ses lignes de production, demande à une société américaine d’ingénierie des déchets toxiques d’élaborer un plan de substitution.

Celle-ci, consciencieuse, professionnelle et chère, lui présente un rapport indiquant l’impact actuel de son système de production sur l’en­vironnement, les changements de processus nécessaires, l’estimation de l’investissement que ce changement représente et les retombées (faibles) au niveau économique que l’on peut en attendre. Autant de points qui, aux yeux de la direction de la société chimique en question, justifient par rapport à des tiers, surtout des Verts, qu’il est urgent d’attendre.

Entre une étude de 100 000 dollars qui lui semble pouvoir servir d alibi et un investissement apparemment peu productif de 1 000 000 de dollars, un gestionnaire à courte vue, même en Allemagne, n’hésite pas, il choisit la première solution.

La scène se déroulait en 1989. Aujourd’hui, la société a arrêté toutes ses activités.

L’aveuglement de ces quelques industriels irresponsables aura mené à une situation en Allemagne où désormais, en cas de plainte p0ur cause de pollution, la charge de la preuve n’est plus au plaignant, mais la charge de la preuve d’innocuité est à l’entreprise.

L’attitude de gestion responsable de l’environnement, qui est la seule payante à long, moyen et probablement court terme, suppose l’établissement et la réalisation de plans de substitution dans pratique­ment tous les secteurs de l’industrie et des services.

Bon nombre de grands pollueurs l’ont non seulement compris, mais en ont le plus souvent dérivé des produits et des services qui sont devenus des centres de profit à part entière.

Il reste à faire accélérer ce mouvement, notamment au niveau des moyennes entreprises.

Le respect de l’environnement est un critère de développement prédominant

L’argument industriel souvent avancé, selon lequel le respect de l’envi­ronnement expose nos entreprises à la concurrence déloyale de celles qui ne sont pas astreintes à des conditions aussi contraignantes, notamment de l’Asie du Sud-Est, ne tient pas l’épreuve d’une analyse sérieuse et peut, au contraire, être facilement retourné.

À l’intérieur des frontières de l’Union européenne, toute concurrence déloyale qui serait due au non-respect des normes communes ferait immédiatement, sauf pour des cas marginaux, l’objet d’une interdiction.

Si les grands organismes professionnels patronaux ne sont encore que moyennement outillés pour faire la police au niveau de l’Union européenne, il est hors de doute qu’ils rattraperont leur retard dans ce domaine. L’agroalimentaire n’est que l’exemple le plus spectaculaire, la chimie, les emballages… s’organisant désormais de plus en plus corn- munautairement.

Les règles communautaires de l’environnement, à l’instar des Etats- Unis, sont en fait devenues de formidables barrières de protection, y compris juridiques, et l’entrée dans le Marché commun est de mieux en mieux contrôlée.

£n matière de produits de consommation, toutes les enquêtes indi­quent en Allemagne qu’un surcoût jusqu’à 20 %, pourvu que le pro­duit ait le label « Ange Bleu », n’a pas d’influence ou, au contraire, a une influence positive sur le comportement d’achat en grande surface.

Ainsi, les exigences environnementales sont devenues en très peu de temps à la fois un moteur d’innovation et un critère de développe­ment prédominant.

Ce qui se passe actuellement pour tous les secteurs économiques civils est comparable à ce que les secteurs économiques militaires ont appris à assumer depuis trois générations. Celui qui veut se mettre sur les rangs accepte dès le départ des normes contraignantes concernant les produits, la technologie, les processus de fabrication, le stockage, le transport et même le service après-vente. Moyennant quoi, ne restent dans la course que les plus performants et/ou les plus protégés.

La protection… les normes communautaires l’offrent déjà aux entreprises en matière d’exigence de respect de l’environnement. À elles de faire la preuve qu’elles sont aussi les plus performantes.

Les responsables des études et méthodes sont sensibilisés aux problèmes de l’environnement

Lorsque EDF emmène ses agents des transports (d’électricité) à travers les Vosges, en Auvergne ou en Bretagne, flanqués de biologistes qui ont le don et la compétence de faire toucher littéralement du doigt la structure botanique d’un site et son interaction avec le passage d’une ligne, il s’agit dune formation aussi essentielle que l’apprentissage de la mise en place de la ligne elle-même.

Lorsque cette même EDF s’obstinait pendant des années à planter des poteaux en aluminium creux à cône ouvert, piège mortel pour des générations d’oiseaux, il s’agissait d’un manque évident de sensibilisation des responsables des études et méthodes, chargés sinon de dessiner des poteaux, au moins d’indiquer le cahier de charges à leurs sous-traitants.

Sur ce dernier critère, on retrouve le même souci qu’à travers l’ensemble des grilles d’analyse présentées dans cet ouvrage, à savoir que la gestion responsable de l’environnement est plus qu’un compor­tement, c’est une culture.

Vidéo : La stratégie études et méthodes

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